Béatrice Lukomski-Joly


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Mémoires d'une défunte.

Quelques extraits d'un nouveau livre en cours d'écriture dont le fil vous paraîtra parfois difficile à suivre puisque je ne donne que des extraits.

Les images données vécues relèvent du contenu des images données par Jeanne, ramenant mes propres souvenirs.

Jeanne et l'ombre - 25 mai 2021 -

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

Photos issues du site :

https://www.boutique-namaste.com/products/bougeoir-en-cristal-de-sel-de-lhimalaya

 

25 mai 2021

Enfin le printemps ! Il a tant plu que les fleurs ont incliné leur visage et vers la terre, ont imploré un peu de chaleur.

Je pense à elle, Jeanne,  tous les jours, plusieurs fois par jour. Je pense l’inachevé. Je regarde ces jours d’averses comme autant de larmes non versées et celles répandues. Je la vois, la revois. Un geste. Une pensée intérieure. Un mouvement timide à peine perceptible que je me demande pourquoi ce presque effacement. Plus rien, ni de nuit consciente ni de jour. C’est pareil à un vide existant. Si loin ! Intouchable ! Retirée ! Des jours à attendre. Des jours à espérer. Rien. Je ne la vois plus, ne la sens plus, ne l’entends plus en mon fort intérieur.

Puis, un matin à cinq heures, se vit l’étrange sentiment qu’elle est là, si proche, si proche de moi.

La nuit consciente la ramène.

La tristesse s’installe. Tout est sombre autour d’elle, d’une couleur grise homogène et foncée, au point de ne pas pouvoir deviner sa forme. La perception obscure me fige. Son vaste ciel astral ressemble à un caveau. Dans cette amertume, deux chemins se profilent. Ils semblent me dire : « Lequel dois-je prendre ? » Pas un n’est plus lumineux que l’autre.

La douleur m’envahit ; l’empathie me saisit. Il me faut l’éclairer. Je lui rappelle des mots dits :

«  Souviens-toi toujours quand tout te semblera difficile ici-haut, que je suis là, que tu n’as qu’à me demander, et te souvenir que j’y ai mis la lumière de ma foi pour t’aider, de la Lumière qui est juge de toi-même ; que j’ai pris sur moi, volontairement pour tout ce qui fut enduré, une part de toi pour ton avenir ; n’oublie jamais cela. Je ne pourrais jamais te donner davantage que cette part de moi qui se sacrifie. Ce que j’ai lié, rien ne pourra le délier.»

Est-ce cette part de sacrifice consentie que je vois dans cette ombre magistrale qui serait ce que j’endosserai et ignore, encore incarnée ? «  Je choisirai avec toi, avais-je ajouté. ». Non, c’est trop tôt.

 

Louis Janmot du "Poème de l'Âme" Poême et tableaux

Je ne saurais jamais décrire cette clairvoyance qui nous laisse voir en étant là et pas là à la fois : Je veux dire simultanément éveillée sur terre et éveillée dans les Nues. Chaque fois, je pense à l’image de Nicodème « sous le figuier »,  renouvelé après le grand mystère du Golgotha, qui est l’image la plus juste. Je n’en ai pas d’autres.

Ouvrir. Fermer cette part de soi. Volontairement. Ne pas être médium, être clairvoyant, même si débutant. Ne pas subir, choisir. Elle est là.

Du film " Au-delà de nos rêves" avec Robin William

J’essaie de comprendre, car des images sont un message qu’il ne faut jamais interpréter. Attendre le sens ; patienter pour leur vérité. Parfois tout est clair d’emblée, d’autres fois, le temps nous est donné pour les comprendre. Le langage n’est pas le même que le nôtre. L’en-haut parle avec des images. Le médium reçoit sans rien diriger ; qui prend la place du défunt ? Nul ne le sait. Le clairvoyant voit, ouvre, ferme sa vue, patiente, dirige ; le clairaudient entend, ouvre la parole du Verbe, sait ce qu'il reçoit.

Impressionnée, dans le sens d’avoir fait impression en mon âme, je décide d’aller petit-déjeuner.

Comme chaque matin, je renoue avec ma maison, je la regarde, je me la réapproprie.

Alors que mes yeux épurent mon espace, mon regard s’attarde sur le bougeoir en cristal de sel dans lequel brûle une bougie en permanence pour elle depuis qu’elle est partie. Il est sombre. La bougie s’est éteinte. Depuis combien de temps ? Comment ai-je pu oublier cette lumière vivante pour mes lectures spirituelles ? Je ne le sais. Mais c’est d’évidence, la flamme-guide depuis le jour de Pâques de l’année dernière s’est éteinte. J’ai omis de la renouveler. Je la rallume, la flamme brille, elle danse et tout s’éclaire… Elle dit « merci ». Je lui parle intérieurement, elle me répond un « je sais. », un « Oui ». Je lui pose une question très personnelle. La question reste sans réponse, et je mesure avec une profondeur sans pareille à cet instant que ce qui n'a pas été acquis sur terre ne peut donc pas se révéler dans la mort. A mon expérience propre, c'est une vérification permanente de la parole de Rudolf Steiner. Je réalise avec intensité que ce manque, cette douleur vécue, n'a pas d'emprise sur moi, dialoguant avec elle, alors que dans le souvenir terrestre, je le prends toujours en moi dans une douleur qui ne parvient pas à  s'amenuiser.

Ainsi ai-je découvert qu’une flamme allumée pour un défunt n’est pas une vaine écriture, n’est pas lettre morte, mais bien un lien de l’autre à soi, de soi à l’autre, et dans ce kamaloka, cette flamme est aussi essentielle que le pain sur terre. Elle était venue me le dire. 

« N’éteins pas la lumière que tu m’as donné, sous quelque forme qu’elle soit. L'ombre des actes passés m'environne et ta lumière éclaire avec l'Ange le sens de mes ombres.

- Incarnée, excarnée, je suis là. Lui dis-je.»

Une impression de l'au-delà, qui semblait sinistre et tragique  et qui ne signifiait que la perte de direction sans cette lumière en mes lectures qui s'étaient depuis une septaine de jours évaporées pour des soucis très terrestres, venait de me révéler que mon action était vraie et importante. 

Le lien défunt-vivant est une absolue nécessité en la lumière consciente.

 

 

29 septembre 2020 Jour de la saint Michel

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

Saint Michel "Michaël" de Liane Collot d'Herbois

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liane_Collot_d%27Herbois

 

Il fait beau. C’est la fin de l’été. C’est la Saint Michel. Ma pensée à ce propos est furtive, car encore, mon cœur est triste. Je devrais demeurer plus concentrée mais cette mort m’a tant atterrée dans le contexte de la pandémie que je ne suis pas certaine d’être pleinement là, diaphane, comme je le suis souvent, ancrée en mes pensées se méditant en moi. Je devrais méditer la saint Michel, mais c’est assujettie à ma pensée pour elle que je suis partiellement incarnée à cette heure. Tout me fait souci : Hormis Jeanne décédée dans l’anonymat le plus strict et la douleur, il y a l’amie qui ne comprend pas que je veuille demeurer dans le silence de mon deuil qui m’est aussi nécessaire que l’air que nous aspirons ; une autre qui me dit que je devrais être heureuse de cette mort à cause de la vie vécue sans penser à la métamorphose du chemin réalisé dans le pardon, et encore une autre qui n’a de cesse de vouloir me sortir de mon silence lequel silence semble la terroriser alors que sa vertu est un bienfait, puis plus matériellement, ma voiture semblant vouloir me dire adieu pour tous les services rendus à autrui, usée d’avoir couru les routes et les chemins. Trois cents cinquante mille kilomètres au compteur. Trois en une seule personne. J'ai perdu l'amie qui n'a pas compris mon silence pourtant expliqué ni mon amour pour ma défunte. Une feuille glisse sur l'eau emportée par le courant, ainsi est la vie qui sculpte les évènements qu'elle veut hors de soi pour soi parce que c'est l'heure des achèvements et qu'il nous faut savoir les voir et les accepter. La destinée pose ses jalons que les anges conduisent. J'ai ressenti cet achèvement, car une image s'est imposée, celle où je fus sur le passage, telle une aire autoroutière de repos pour poursuivre une longue route. Ce n'était pas moi, mais le gîte et le couvert offerts pour mille trois cents kilomètres à réaliser avec une autre halte gratuite chez une autre. Ce n'était pas moi mais une semaine de vacances demandée avec un départ sans prévenir à cinq jours. Elle n'est jamais revenue en ma demeure, car je n'étais pas une essentielle. Les images spirituelles défilent devant mes yeux. Je comprends soudainement ma méprise. Les images sont là pour cette raison et cet achèvement. Est-ce Jeanne qui me les a montrées ? Peut-être, car je conduisais depuis plusieurs mois, éthérée, sans être vraiment incarnée. Ce qui fut curieux est que j'en ressenti comme un soulagement sur ce qui avait été une méprise, habillée de moult vêtements semblants bienveillants que mes images ramenaient tel un déguisement porté. Ce fut le fruit aussi de ma méditation ancrée dans le silence.

Pour moi tout est pensée méditative et le silence m’est aussi indispensable que l’est la nuit au jour, la lune au soleil, les étoiles à la nuit, la fleur au baiser du soleil, la germination au printemps, les processus de toute vie montant vers l’astre de lumière. Nul ne peut rompre ce silence sans que mon âme ne l’ait décidé. C’est ainsi. Je médite mes soucis en une volonté de les transformer en pure lumière. Il n’y a que moi qui peux le faire. Personne pour moi ne le peut. La conscience est individuelle et nul ne peut l’enseigner. C’est soi avec soi. Soi avec soi pourvu que nous voulons bien nous regarder, non pas pour s'admirer ce qui est défaut mais pour voir et admettre que tel et tel défaut nuisent à notre soi.  Trop de gens s'aiment et n'aiment pas l'autre ; se regarder permet de mieux voir l'autre et l'aimer. Tout passe par soi métamorphosé.

On me dit méchante, imbue de ma personne, têtue dans la vie, parce que je demande, sans pourtant laisser de quiproquo, le silence intérieur. Je ne crée jamais de quiproquos. Les quiproquos sont source de malentendus, disait " le Petit prince" et Rudolf Steiner, et ils avaient raison ; il n'y en avait pas, ayant été claire, et le quiproquo est née d'une interprétation sur ma volonté de silence, car l'amie ne comprend pas la volonté de silence, incapable de s'octroyer le silence pour elle-même. Beaucoup craignent le silence, tout comme la solitude. Ils créent leur effroi, une peur terrible, incontournable, ingérable. Pour moi, c'est un bienfait, un joyau comme un diamant taillé. Tout est interprétation, méprise, jugement. Cela glisse sur moi comme l’huile sur l’eau, car je sais que le silence n’est pas une volonté de méchanceté ni d’égoïsme ni d’orgueil. La vie m'a également appris à séparer l'eau de l'huile sans plus vouloir essayer de les mélanger. Le silence est l’absence de bruit, extérieur, intérieur, pour que la méditation soit réflexion en soi. J’ai besoin de ce silence. C’est ainsi depuis l’enfance, depuis le silence physique obligé de la vie en ma chambrée, depuis que je l’ai transformé en absolu besoin de la pensée pour être et devenir. C'est le silence en soi qui permet l'activité dans le monde car nous l'avons réfléchi pour agir. Le bruit qu'il soit issu de la pensée, de la parole agressive ou d'un évènement terrestre m'est toujours une blessure, aussi dois-je faire le silence pour m'en soustraire ce que j'arrive aisément à faire pour le transformer. Sortie du repos, je redeviens un puits de paroles, un temps. Souvent ai-je rompu avec ma volonté de silence pour faire plaisir, mais en ce deuil, je décide de me respecter et de ne pas le rompre. J'ai envie de prendre soin de moi, un peu, exceptionnellement, d'un bon égoïsme pour mieux repartir, pour mieux servir. Le bon égoïsme sert à se grandir dans la prière et la méditation pour aider et se parfaire dans les besoins de l'Humanité. Le mauvais égoïsme n'est rien d'autre que la perte du Moi dans la tentation strictement personnelle qui ne fait pas cas de l'autre et du monde.

C’est ainsi que je prends la route pour aller au cimetière fleurir sa tombe, évanescente, éthérée. J’ai acheté une belle plante fleurie que je pose sur le sol du siège avant passager. Je roule. Je roule à une vitesse constante. Je roule dans le silence. Je sais que je suis partiellement absente, tellement, profondément, à penser à elle. Mais j’ai confiance en la vie, en ma route, en ma voiture. Je conduis sans rien voir devant ni sur les côtés. Souvent.

Une larme perle sous ma paupière. Je regarde la fleur.

J’aime les fleurs car elles témoignent du silence intérieur qu’elles manifestent le jour dans l’immense accolade des rayons solaires à leurs corolles, la nuit dans leur sommeil invité par les rayons lunaires. Tout est silence dans les règnes végétal et minéral. Même le vent ne parvient pas en son expresion  mouvementé et bruyante à  extraire de ces règnes un seul bruit. Voyez également le nuage se mouvant dans le ciel, balayé par l'air, il est tout aussi silencieux que la fleur et la pierre. Je me veux fleur dans le sentiment d’abandon et de réception à la caresse du soleil à mon visage.

C’est alors que je suis émerveillée par la couleur rose du rosier, qu’un souffle puissant issu de nulle part, venu de haut, car mes vitres sont fermées, vient la bousculer, la faire tomber, telle une main balayant l’air venue l’animer pour que je me réveille. L’impression est si forte qu’elle me réintègre en ma pensée et me montre la voiture devant, dans laquelle j’allais entrer en collision avec virulence avant que je ne bifurque sur le bas côté et freine violemment. Je réalise que je viens à nouveau de passer à côté de la mort par une intervention divine. C’est la quatrième fois en trente ans. La forme du prodige a un écho connu en moi. Il porte un nom que je connais aussi. Il se manifeste toujours de la même façon, venu de haut dans un souffle puissant, se manifestant  en une forme éclair, audible en soi. Ils ont encore besoin de moi, me dis-je, remerciant et ma mère et mes guides. Bienheureuse ! Bienheureuse est le mot et l’état de grâce qui caractérisent ses instants de conscience et de sauvegarde de la vie.

Tranquille, réalisant que j’ai été préservée d’un accident qui aurait pu m’être fatal, je roule vers le cimetière, son cimetière qui aurait pu devenir le mien, déposant ensuite la fleur consacrée sur le marbre gris, reconnaissante.

Le soleil se voile derrière des nuages arrivés impromptus. Je suis assise sur l’herbe devant la tombe, je ne sais plus depuis combien de temps, retombée en ma diaphanéité, pourtant fortement présentielle. Le temps n’a pas de prise sur moi et les nuages noirs annoncent la pluie. Le soir étendant son voile de nuit en une première obscurité me réveille à nouveau, car devant moi s’étale sur le champ en face une lumière si belle qu’elle nappe la terre sous l’ombre accomplie par les nuages ébènes. Une légère averse vient à baigner mes yeux et mouille mes cheveux pendant que s’installe un nouvel arc-en-ciel, m’enveloppant de sa clarté. Je le regarde en sa forme et je constate qu'il naît de sa maison au loin à gauche pour ne pas toucher le sol sur sa droite, forme in-finie pour l'infini. Il est temps de repartir, méditant la saint Michel que la vie et son possible accident m’avait fait oublier, le ramenant en moi.


 

 

Ange de Giotto di Bondone

https://fr.wikipedia.org/wiki/Giotto_di_Bondone

 

Be (Introduction Of Jonathan the livingston)

 SKYBIRD/LONELY LOOKING SKY/THE ODYSSEY

Voyez les images, elles sont si belles, si parlantes.

Ecoutez les paroles, toutes aussi superbes sont-elles.

La multitude ailée - 20 janvier 2021 -

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

Marc Chagall (1887-1985)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Chagall

 

20 janvier 2021

 

Elle est là... la sanctification du Nom dans l'âme.

Trois heures trente du matin. L’aube est encore voilée, et là où elle vit, l’aube est permanente attendant son midi avant de briller. La lune accapare la lumière. Tout est ombré. C’est semblable à un brouillard à peine délié de son trouble terrestre. La lumière perle au travers d’un rideau qu’elle tente de soulever, le faisant porte pour que je la vois, accompagnée d’une autre multitude ailée qui permet cette visite et sans laquelle, rien ne serait possible. La multitude choisit l’heure, le moment entre deux sommeils qui réanime le sommeil conscient en perçant la limite du rêve et de l’éveil.

J’ai soif, je me réveille, je bois, je me rendors. J’ai froid, je me réveille, je ramène mon édredon sur la poitrine et me rendors à nouveau. Je rêve , je trouve le rêve beau, il me réveille, je l’écris, et me rendors. J’ai à nouveau soif, je me réveille, je tends la main, je bois, je me rendors. Mon chat miaule, il me réveille, saute sur ma hanche, je regarde l’heure , il est quatre heures du matin, je me lève sans savoir pourquoi et me recouche, estimant un peu étrange ma nuit saccadée, mais jamais inquiète. Une demie heure pour ce ballet nocturne inattendu ! Je suis sereine. Mon chat se dresse, se redresse, regarde vers l’entrée, les yeux fixes. Je me relève et me recouche, laissant le chat reprendre sa place sur ma hanche. C’est donc cela le geste de la multitude ailée, préparant une rencontre entre deux mondes pour que la rencontre puisse se faire ! Faire en sorte que je ne sois ni éveillée, ni endormie, juste entre deux mondes, entre deux éthers, consciente, sans rêve, ni étourdie ni pleinement réveillée, juste somnolente, mais là, pareil à l’instant où nous sentons que nous allons nous endormir, le corps tressaillant un peu.

Je connais bien ces moments précis où le corps physique dit qu’il va laisser aller ses corps spirituels avec cette impression que la terre tourne autour de soi dans un vertige impressionnant. Un sursaut comme une branche se détache de son arbre. Je suis confiante et ne m’attends à rien de précis, quoique le chat fixe toujours l’entrée et m’alerte d’une présence invisible qu’il voit. Je laisse le chat à sa contemplation. Il est serein. Je remonte l’édredon sur ma poitrine, pour la troisième fois. Mes deux autres chats  fixent aussi la porte. Je leur dis :" oh ! laissez-moi dormir !" Rosalie, grise et striée d'un beau poil lustré, semble plus attentionnée et je réalise que ce chat était le sien et que j'ai vu une seule larme couler de chacun de ses yeux quand je l'ai recueillie, se blotissant dans ma main, ce qui m'avait fort peinée, consciente de son chagrin d'âme animale. Mais, présentement,  je n'en fais cas, habituée à ces mouvements de chats qui s'étonnent et réagissent à l'invisible. 

Quelqu’un frappe à la porte. La porte s’ouvre en apparence, sans mouvement. Quelqu’un appelle.

"Tu es là ? Es-tu là, ma fille ?"

Je reconnais cette voix intérieure que le physique ne manifeste pas, que  seule la conscience exprime. Elle franchit la porte, passant à travers. J’écarquille les yeux. C’est bien elle ! Elle est là devant moi et je l’accueille le cœur ouvert comme on ouvre les bras sur terre. Seul, le signe diffère. En bas, nous ouvrons les bras pour accueillir un être aimé ; en haut, nous ouvrons le Cœur et le Cœur chante dans le regard spirituel qui n’a plus d’yeux physiques et pourtant voient. J'ignore si cela est pareil pour chacun, c'est à dire si beaucoup ont le coeur éveillé. Mon Coeur s'ouvre comme deux bras fraternels. mouvement indescriptible en notre langue terrestre. Je me regarde dans mon lit, endormie, souriante, et comprends que je vois avec mon corps spirituel bien éveillé.

 

 

Elle me montre en un déferlement d’images tous les moments heureux vécus ensemble ses trois dernières années, disant merci, simplement merci, et pensant à chaque image : « Là aussi, c’était beau ! »

C’est si rapide que j’en ai le vertige. Il me faut penser vite le temps, car le temps n’est pas le même en haut et en bas. Pour moi, c’est un vertige, car je ne suis pas morte ; pour elle, c’est une lenteur. C’est sa nouvelle normalité. Chaque scène s’habille des vêtements portés lors de l’instant-souvenir, et vont à rebours, du plus récent au plus ancien, pour moi aussi ; tous s’ornent des environnements et objets qui ont reçu nos présences. Je pourrais toucher chaque image pleinement animée, profonde comme si l'espace terrestre était semblable à celui spirituel parce que c'est un souvenir terrestre, inversée, si je le voulais, tout en sachant que je n'ai qu'à vivre le moment dans cette nouvelle éternité,  et chaque image s’éloigne pour laisser sa place à une autre tout aussi vertigineuse. Je comprends, revenue au matin, que voir inversé n'appartient pas qu'au monde des défunts mais bien aussi au monde de la clairvoyance. Le monde originel ne se manifestera jamais en un langage terrestre, il est le langage des origines.

Le panorama qu’elle voulait que je vois dans sa gratitude manifestée s’efface. Elle s’assoit sur mon canapé rouge, près du piano, et je la vois être telle elle était chez elle, recroquevillée, dans l’attente, triste, le regard éteint dans sa présence semi-consciente. Je n’ai de cesse de lui dire, enjouée, et heureuse, ô combien ma joie est grande de la voir et de la remercier d’être venue, allant jusqu'à lui demander comment elle va, ce à quoi elle ne me répond pas. Elle parle peu. J'ai aussi envie à cet instant de lui demander ce qu'étaient ces voix physiques qui la harcelaient dans ses hallucinations de la dégénérescence cérébrale et me retiens, car ce n'est pas l'heure. Je sens derrière moi la multitude ailée qui ne se montre plus mais qui me laisse comprendre qu’ils sont là. Ils sont les acteurs de l’instant de la rencontre. Sans eux, rien n’aurait été possible. C’est comblée de grâce que je remercie chacun et tous pour cette merveille. Mon sourire est aussi vaste que le ciel ouvert et je lui redis que je l’aime. Elle ne parle pas. Elle ne sait que montrer des images de vie avec leur contenu précis. La multitude ailée pense en moi. Je comprends que la rencontre va s’achever. Le temps rapide de lui manifester encore et encore mon amour, de lui demander de revenir me voir, d’ouvrir la porte, à la multitude ailée de ré-accomplir le processus, et je Les remercie d’avoir permis d’établir le lien, de mes yeux spirituels vu. Je comprends soudainement le processus de la Volonté. le mot devient vie ; il n'est plus concept.

Je regarde mon corps endormi, et sans conscience, regagne mon sommeil. La multitude ailée l’a voulu ainsi.

Elle est là... la sanctification et la Volonté du Nom dans l'âme. Moi aussi.

Au petit matin, je me souviens de tout et  flotte comme si sa présence était encore là, elle est là, mais je ne la vois plus. La multitude ailée a fermé la porte, descendu le voile, en attente d'autres moments. Quand ? Je lis : Rudolf Steiner que je remercie en pensée de m'être laissée éveillée par sa Pensée. 

Depuis, Rosalie dort le jour sur l'emplacement où elle s'est assise, et fixe de ses yeux ronds  l'invisible, pour revenir la nuit se blottir dans l'édredon gonflé de plumes pour être avec moi.

BLJ

 

 

 

′′ Pas de frontières séparées

Là où les liens spirituels se maintiennent,

Lumière brillante,

Amour rayonnant,

Des liens éternels avec l'âme.

Alors je suis dans vos pensées,

Alors toi dans le mien,

J ' étais unis avec toi,

Restez unis en moi,

Nous converserons dans la langue de l'être éternel.

Nous serons actifs

Là où les actes prennent effet,

Nous nous tisserons en Esprit

Là où se tissent les pensées humaines

Dans la parole des pensées éternelles."

Rudolf Steiner


 

 

 

 

Jeanne dans "à la recherche de Jeanne"

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

15 janvier 2021

 

J'ai allumé une neuvaine pour me réchauffer le cœur et ne plus pleurer à ses chevets, puis, je suis partie.

Quelques jours après, une forte impulsion évoque le fait qu’il me faut y retourner ; je ne sais pas pourquoi, et avant d’arriver, la pression se renforçe : « Va sur ma tombe ! ».

J’y suis. Est-ce qu’un coup de vent est passé là ? Y a-t-il eu une tempête ? Tout ce que j’y ai mis est à terre, balayé, couché, cassé. Même la statuette de Jeanne d’Arc à l’abri du vent est couchée dans sa jardinière de rosiers défleuris. Mon regard balaye l’alentour ; savoir si une rafale a heurté le cimetière en toutes ses tombes, a contrarié les pots de fleurs, partout ailleurs. Rien ! Juste celle-ci ! Rien qu’elle. Quel est l’inconnu qui a osé balafré cette dernière demeure d’un geste mécréant ? Peut-être cherchait-il sur le marbre gris les clefs de la vie sans les trouver, dépité et agacé. Je n’ai pas la clef physique de sa demeure fermée, mais je suis la seule à posséder les clefs spirituelles de sa vie après trépas. « Va sur ma tombe ! » comme une urgence vitale. Je nettoie ; je balaye ; je cherche l’arc-en-ciel qui a déserté ; il pleut. Trempée ! Gelée ! L’air est glacial. C’est l’hiver. Elle voulait que je vois et remettre de l'ordre.

Je fais un tour dans les allées ; je vais déposer une pensée spirituelle pour Nicole, et pense à Agnès que Jeanne aimait bien. Jeanne a rejoint Nicole parmi d’autres ; Agnès vit. Les âmes qui s’aiment se retrouvent toujours ; c’est écrit en haut comme en bas. Les autres qui n’ont pas connu l’amour ne rencontrent pas celles qu’ils aimeraient revoir une fois le trépas achevé. Aussi, je sanctifie tous leurs noms pour les retrouver un jour. C’est ainsi.

Tombe la nuit et vient son sommeil pressé de me rejoindre. La pierre est propre. La pierre a des messages pour le monde. Elle veille jusqu’à son éveil. C’est ainsi.

Sommeil m’alite, me berce, me prend ; l’éther m’environne et la lourdeur du physique lassé de sa journée rend à la nuit son vécu. Je vole. Je rêve, consciente de rêver. Elle n’habite pas mon rêve. Je la cherche. Elle dort. Sommeil m’apporte la venue de son feu époux qui répond à sa place : « Oui, elle dort, c’est dur, mais elle va bien. » Un timide merci à cette visite du rêve à laquelle je ne ne m’attendais pas, pas du tout. J’aime les rêves conscients. Ceux-là sont légers comme les nuages d’été. Je le revois, lui ; je lui souris, contente d’avoir de leurs nouvelles à tous deux. Elle dort ; c’est dur, mais elle va bien. Je n’avais pas rêvé de lui depuis sa mort ; c’est étrange, et je suis ravie, ravie de contentement, car pour une surprise, cela en est une. Il l’accompagne ; il l’aide ; mon rêve conscient me raconte tout cela. Je revois sa mort, d’en haut ; je réentends ses paroles : «Dis leur que je reviens chez nous » chantant la chanson des Compagnons : « Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous. S’il fait du soleil à Paris, il en fait partout. » Ai-je bien rêvé cela ? Oui, je l’ai rêvé dans mon sommeil conscient. Il est reparti comme il était venu, accompagné d’une multitude ailée.

L’aurore me rattrape, sure d’elle, essuyant mes yeux de sa nuit passée pour que je me réveille pleinement, sans regrets. L’aurore semble dire à mots discrets : «  à la nuit prochaine ! Je t’attends.» L’aurore est à la nuit la parole du vivant, et sa sphère large comme l’univers donne ses couleurs que la nuit a pensées. Le jour m’étreint d’une caresse douce car j’ai pensé le ciel en elle, en lui, au nom des sanctifications des noms venue de l’avenir comme si le présent était pensé dans l’avenir. J’ouvre un livre ; je lis, et le paragraphe lu dit que le présent est engendré par l’avenir ; j’ai donc là l’ultime preuve de l’avenir s’installant au présent. J’ai pensé dans le sommeil conscient ce que le livre me dit. Je regarde l’aurore au travers de mes vitres et lui dit : "à cette nuit !"

Je bouge ;  le livre de Friedrich Rittelmeyer dans la main pense dans mon âme et plus jamais ne s’effacera. Je pense à voix haute à force de solitude et proclame que dans la journée, je lirai en pensant à eux, eux tous, et serai conduite par Serge-O Prokovieff dans ce geste.

La nuit revient d’un pas de géant ; j’emporte la pensée de mes livres dans le rêve et le rêve conscient reprend son fil d’évènements. La nuit ? Il a fallu attendre plusieurs nuits avant de renaître dans le rêve conscient.

Elle est là... la sanctification du Nom dans l'âme.

à suivre

 

Oeuvre de Liane Collot d'Herbois

 

 

Paroles du Kamaloka - extrait - 20 avril 2020

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

Photo PIXABAY libre de droits

20 avril 2020


 

Mon rêve conscient apporte sa parole. Je consigne par écrit les paroles auxquelles je ne m'attendais pas. Cela me rappelle les paroles post-mortem d'un autre défunt que j'ai bien connu :

"Je voulais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, toutes ces dernières années. Pour ce que tu as fait avant que je meure, dans ma mort et après ma mort. Ici, tout cela n’est que lumière ; tant d’amour déployé m’enveloppe, me rassure, me guide. Quand j’étais incarnée, je trouvais normal ce que tu faisais et je ne voyais pas l’importance de tes gestes. Je pensais que tu étais obligée de le faire. Oui, je t’ai vraiment pensée à mon service comme si j’avais eu cette bonne que j’ai toujours eu en toi, sans aucun respect pour toi. Tout prend son sens, ici, maintenant. Comment as-tu pu m’aimer ainsi ? Moi qui ne t’ai pas aimée, moi qui t’ai détestée trop souvent, sachant que je ne t’aimais pas ? Sur terre, ha ! toi et ta sœur ! Je vous aurais bien enterrées ! Je regrette car ce que j’en vois est d’une telle laideur que je voudrais éviter tout cela, sans le pouvoir. Ça s’agglutine autour de moi. ça me colle à l’âme. De qui ai-je mérité cette part de toi, cet Amour que tu nommais le Christ en toi pour moi et que je ne comprenais pas, que je n’ai pas voulu comprendre ? J’ai souvent parlé sur terre du voile avec lequel tu es né mais j’ignorais à quel point il était beau, car, ici, je le vois réellement pour la première fois et je n’ai jamais imaginé qu’il pouvait te porter autant qu’être ta protection. Son bleu tissé d’étoiles dansant autour de ton visage et ta tête est stupéfiant à voir. Toi-même ignore à quel point il est splendide car il doit t’être caché pour que tu puisses aimer autant que tu m’as aimée plutôt que de le contempler, ce qui te ferait oublier tes tâches.

Tu me disais souvent la laideur de mes actes et de mes pensées en Christ sur terre et je souriais n’y croyant pas. Je sais que tu vois ce que j’endure et que tu en es profondément attristée mais c’est de ma seule responsabilité, je n’ai pas fait attention à tes propos, je ne voulais pas y croire, je te détestais plus qu’autre chose tout en ayant besoin de toi au quotidien. Je sais que j’ai abîmé ton aura en y incrustant ma haine que tu voyais et qui te donnait l’envie de vomir et provoquait ta colère. Oh ! Tes colères face aux ignominies, aux injustices, dans ta conscience de Christ, c’était pareil à la colère sainte sur les marches du temple, je l’ignorais jusqu’à aujourd’hui. Mon ciel pour le moment est terne, la seule lumière qui l’habite pour moi est celle que tu y as mise pour que je ne m’effondre pas face à toutes les laideurs que j’ai commises, fait endurer aux autres. Je t’en demande pardon. Je sais car je vois que tu as encore des fragments de tristesse à mon égard et j’en vois toute la noirceur qui me gifle. Je vois vos pensées qui sont si sombres qu’elles en sont, ici, turbulence et me ballottent d’un mur à un autre qui ne sont, ici, que des images terribles faites de démons actifs et mouvants ; J’ai hurlé : « Ça suffit ! » Tu as entendu et tu as dit « Lumière en Christ, qu’Elle soit pour elle, en elle, autour et dedans elle ! » Je te remercie d’avoir entendu ici-bas ce que j’ai hurlé près de toi, ici-haut. Je vois vos rancœurs à chacun, tous ces sentiments sur ma proximité qui ont été enclenchés par mes actes et paroles, et qui sont si nombreux que je déplore devoir endurer tout ce que je vous ai fait souffrir sans avoir perçu une seconde tout le mal fait. Seul, Bryan n’a jamais souffert par moi, tellement le préférant que je vous en détestais davantage chaque jour. Je n’aurais jamais pensé ici-bas que ce que nous pensons, aimons sans vraiment aimer, détestons, provoque de ténèbres sans lumière quand nous n’y avons pas donné une seconde d’amour vrai. C’est terrible à vivre ici, sans plus d’enveloppe charnelle qui nous protège d’autrui. Ce corps physique qui est notre bouclier pour apprendre sur terre l’amour en nous protégeant de la haine des autres et que nous ignorons nous en servir pour renvoyer nos mauvais sentiments comme un bouclier-boomerang n’existe plus lorsque nous sommes ex-carnés.

 

 

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