C'est un chat , que dis-je ? Une chatte ! Elle a pour nom Ibiza de l'Empire Ottoman, angora turc.
Belle car d'un blanc immaculé. Elle vient à mon bureau et là, s'assied, voulant m'apitoyer de longs miaulements languissants, son regard planté dans le mien.
Je la regarde, ponctuant d'un claquement de lèvres, un baiser que je dépose sur son nez humide. Elle semble contente et semble penser qu'enfin j'ai compris ce qu'elle veut, il est vrai, et désespère de me voir, finalement, immobile à son souhait !
Quant à un saut hasardé de mon pupitre à la petite table posée devant ma fenêtre où autres chats se reposent, semble-t-il ! cependant réellement à l'affût de tout ce qui bouge, disons mieux, vole, ils attendent patiemment mon geste d'ouverture à leur volonté téméraire et patientent, tout en me pensant bien ingrate de ne pas concéder, d'un iota, une tolérance à leur patience légendaire !
« Ciel ! Un poète en cette maison ! » me raconte-t-elle, « Quand bougeras-tu de cette satanée table pour accéder à mon désir ? Ouvre cette fenêtre !" Implore-t-elle en vérité.
C'est donc harcelée que je suis de sa témérité sans faille. J'ai beau lui rappeler que le harcèlement est contraire à la bienséance et à la loi, elle n'en fait cure car pas de loi humaine pour mœurs animales ! Elle me maudirait presque et revient sans surmenage à la charge, persuadée que je vais, un jour, céder.
Que nenni ! Point de faiblesse à mon sang-froid car il en faut face à une volonté de chatte sans fêlure !
« Tu n'écriras pas aujourd'hui ! J'ai décidé de t'embêter ( c'est bien là le mot juste embêter ! ) et puisque tu ne veux pas comprendre ce que mon roucoulement de miaulement signifie, je vais te le montrer très clairement ! » . Elle se met alors à claquer des dents, les mâchoires si alertes, qu'elle décide aussitôt de me montrer le fond de sa gorge en mal d'un festin, comme si je n'avais pas compris, parce que je serai, selon elle, follement stupide, doublée d'une naïveté qu'un individu humain ne peut pas comprendre.
Elle tente de me rappeler que moi aussi, parfois, j'ai un poulet au four et que n'en réclamant pas tant, elle se contenterait volontiers d'une simple hirondelle, plus adaptée en taille à son palais ébloui !
« Qu'as-tu à aimer ces oiseaux fous qui n'ont de cesse de me narguer à ta fenêtre, esquivant moult pas d'ailes dans un ballet qui me titille la vue ? » ajoute-t-elle. Ibiza se fâche, balaie le bureau d'un coup de queue puis se relève pour entamer une longue procession sur mon clavier, et finalement s'y asseoir ! « Je te l'ai très clairement indiqué, j'ai faim ! Je t'assure d'ores-et-déjà que, nenni ! tu n'écriras pas aujourd'hui ! Foi de chat à la volonté tenace ! Vois Cyrano se languir devant la fenêtre ! Tu nous offres à chacun un de ces volatiles et je te promets que je te dégage de tout fâcheux nettoyage de tes belles vitres ! Écoute ! quatre nids ! Deux pour chacun de nous et hop, l'histoire est close ! »
J'ai beau lui répondre que mes oiseaux sont de pareille importance à ses vibrisses dansantes qu'Ibiza s'agace davantage. « Voulez-vous récupérer vos écrits ? » m'incrimine mon logiciel d'écriture, un peu lassé de toujours revenir sur ce qui pourrait être définitivement perdu, prouvant par là que chats ont un pouvoir de décision supérieur au mien ! D'un coup de semelle de velours, madame éteint mon engin définitivement ! Et à moi de découvrir, chaque jour, qu'elle a une connaissance du clavier qui m'épate ! Ah ! c'est peut-être elle qui a éliminé ma série sur les "discours entre la Conscience et le Soi" !
« Fais gaffe, Ibiza ! lui dis-je, car cette fois, j'écris à ton propos ! » et ne voulant pas laisser de trace de semelles blanchies par une vie bien ordonnée de chat heureux, elle bondit hors du pupitre et invite son ami Cyrano à faire de même, tout en les laissant chacun marteler mon clavier de leurs gentilles pattes que je commence à regarder avec indignation.
« Ouh ouh Colette ! au-secours ! Cette humaine préfère les plumes d'oiseaux à nos griffes qui lacèrent son bureau ! Le monde n'est plus ce qu'il était ! » miaulent-ils, tous en cœur, faisant de leur bouche un joli cul-de-poule qui me chavire sans céder, avant d'aller enfin se poser, devinez où ! sur le bel édredon rose en plumettes et duvet qui adoucit mes nuits !
Ibiza de l'empire Ottoman, Angora Turc
Pendant ce temps béni, hirondelles continuent leur danse inlassablement, laissant sur le rebord de la fenêtre, duvet et plumettes, au cas où j'aurais besoin de refaire rapidement ma literie.
Êtes-vous assurés, nobles chats que votre pouvoir de décision est supérieur au mien ?
Non mais ! Empoisonner ainsi mes minutes littéraires n'est pas de dignité à la culture qui de graines voudraient tenter de plaire au lecteur !
Ciel ! hirondelles se chamaillent près du nid, faisant voler moult plumes noires et blanches et tombent dans mes fleurs sur la margelle de la fenêtre. J'ouvre, prenant bien garde à ce qu'Ibiza et Cyrano ne s'approchent pas, et sépare les hirondelles en conflit pour une place dans le nid. Petites hirondelles devenues grandes claquent du bec à leur tour, se donnent des coups de bouche, et chats regardent, ravis, cette histoire d'oiseaux qui aimeraient bien rassembler leurs ailes en une vaste volée de couleurs émotionnelles.
Si j'étais un Maître, de quoi serais-je le plus inquiet ?
1 / Que chaque élève m'idolâtre et brode mes textes en moult livres publiés, y ajoutant ses impressions personnelles sans les avoir vérifiées.
2 / Les mots à leur lecture qui me feraient "peur" seraient :
" Nous pouvons supposer que ... (supposer ?)
- En vertu de cela, nous pouvons penser que ... (nous pouvons penser, mais rien n'est certain)
- À partir de cette donnée, il est facile d'imaginer que… (imaginer ou supposer)
- Il n'est alors pas difficile de croire que...(sur quelles bases vérifiées ?)
- je crois qu'il n'y a pas de mal à spéculer sur ces questions... tout en affirmant que…ce ne peut être que vérité (Spéculer ???)
- Selon mon sentiment, il est clair que le maître a voulu dire ceci... (est-ce vérifié ? )
- Il ne l'a pas dit, mais nous savons... (le pire ! car il ne l'a pas dit)
- Après enquête, nous avons pu vérifier que... mais la question reste ouverte. ( parce que rien n'a été au final trouvé puisque la source n'est pas dite et en conséquence n'est pas vérifiable.)
- Il m'est apparu que... (comment ? est-ce sur une base clairvoyante ou de supposition personnelle, nous ne savons pas, mais nous y croyons puisqu'il dit "apparu" Terrible, car il laisse entendre une clairvoyance qui n’existe pas.)
- J'ai compris plus tard pourquoi j'avais écrit ceci dans mon livre issu du Maître...je ne l'avais initialement pas perçu. (Dangereux, car qui écrit vraiment en l'autre s'il ne le réalise que plus tard ?) C'est la porte ouverte à toutes écritures faussées. )
- Que cela soit vrai ou non, c'est à chacun de décider... (une petite phrase qui dit bien que la personne en réalité ne sait pas, à vous de voir.)
- Je suis obligé (!) de penser que la tradition orale de mon ami est correcte ...(obligé ??? )
- Mais cela me semble aussi qu'il est... (cela semble, mais est-ce vérité ?)
- J'ai toujours été fasciné par... (fasciné ??? )
Des mots lus à foison, relevés dans moult lectures d'auteurs ou conférenciers différents parlant d'un seul et même Maître : Rudolf Steiner.
3 / Que je sois l'idée d'un enrichissement personnel : 60 à 150 euros la journée de conférence par personne (un maximum de 40 personnes) sur cinq jours ouvrés (!) pour parler de mon enseignement. (Je l'ai vu.) 150 e X 40 personnes X 5 jours 30 000 de bénéfice net au mieux ou 60 e X 40 personnes X 5 jours = 12000 au pire (!)
4 / Constater le contraire de ce que j'ai enseigné et conseillé.
5 / Que mon enseignement soit transposé en romans de gare.
6 / De voir des gourous emprunter mon nom pour se justifier
7 / De me lire en séquences non reliées entre elles, ne laissant à personne le soin de méditer, offrant en conséquence l'abolition du chemin d'intériorisation et de conscience.
8 / Que mon enseignement voulu selon un chemin précis d'efforts soit résumé et condensé, supprimant ainsi tout effort d'intériorisation dans le processus de méditation et de la connaissance. Exemple : Nul ne mâcherait le repas d'un autre pour lui faciliter la digestion, non ?! oui ?!
Il n'y a pire disciple que celui qui prend la place du maître afin de se glorifier et avoir foule de disciples, relèguant le maître au second plan. Vous les trouvez partout dans le monde et dans toutes les disciplines et écoles de pensées.
Les écrivains sont le plus souvent leur statut que le poète accuse, car il y a un abîme entre un écrivain et un poète. Le poète peut être écrivain mais il témoigne du maître, jamais ne prend sa place, car il est de par sa nature d'abord poète.
C'est la différence entre un écrivain et un poète.