Béatrice Lukomski-Joly


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La rencontre

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

C’était un dimanche, par une chaude journée de printemps, que nous pouvions voir se promener un homme, les mains croisées dans le dos. Il semblait attendre quelqu’un, sans attendre vraiment, car il regardait le cours de la rivière au niveau de l’écluse ouverte qui laisserait une péniche passer. Le ciel était haut tout en étant en lui, comme indivisible de sa clarté en son regard qui le reflétait aussi large que profond. Sous la lumière puissante de midi, il semblait invisible par moment, comme disparaissant à cause de trop de clarté diffusée à cette heure. Parfois, on le voyait se retourner et s’accroupir près d’une fleur à laquelle il semblait raconter son instant pour l’éphémère d’une floraison venue trop tôt, comme pour ralentir le saut qu’elle devait faire pour se faner. On le voyait se relever lentement et, sans comprendre son mouvement, nous pouvions apercevoir qu’il était déjà à scruter la coulée émergeant du déverrouillage de l’écluse, sans l’avoir vu se retourner. On le voyait encore lever un doigt comme si, sans lui, l’écluse ne pouvait laisser passer le bateau, et que son geste était le processus fondamental pour cette ouverture. Personne ne le regardait vraiment tant il était présent dans son absence physique qu’on ne pouvait que le deviner. Puis, un oiseau venait à se poser sur son épaule, un autre en sa main, et encore un à ses pieds. Il les saluait après avoir écouté leur chant pour les laisser repartir comme ils étaient venus. Des promeneurs allaient, le frôlant d’un pan de leur veste, inconscients de sa compagnie. Il semblait être âgé, les cheveux blancs, tout en arborant une jeunesse et une force puissantes.

Alors que badauds passaient à côté de lui sans le voir, trop absorbés par leurs pensées se souciant de leur quotidien davantage que de sa présence, elle le vit, lui chuchotant un bonjour d’une voix timide, puis retourna à sa contemplation sur les images que la dentelle de l’écume donnait à voir. Ils voyaient chacun les mêmes tableaux dans cette eau dansant dans leur espace réfléchi par le soleil. Longtemps, ils ne se parlèrent pas, unis tous deux au mouvement de l’eau. Un rayon de soleil vint à coiffer la chevelure et les yeux de l’homme, puis se posa de la même manière sur le regard et la chevelure de la dame. Elle le regarda, sembla le reconnaître sans se souvenir pour autant de l’endroit et du moment ou elle avait pu déjà le rencontrer. Lui, il savait ; il se souvenait mais n’en disait rien. Elle vit ses yeux semblables à l’étincelance d’un diamant. Ses yeux à elle étaient d’une profonde tranquillité qu’elle avait rarement connue, encore opaques d’une vie aussi lourde que pénétrante et, pourtant, déjà transformés par le rayonnement solaire. Ce fut le baiser du rayon à leurs âmes qui éveilla le moment de leur rencontre. Il se tourna, la regardant fixement d’un regard doux, en baissant les paupières, parfois, pour ne pas l’effrayer et dit :

- Nous nous connaissons, vous et moi.

- Je connais votre visage, répondit-elle, mais je ne me souviens pas où j’ai pu vous rencontrer.

- C’était il y a longtemps, Madame. Il doit y avoir quatorze ans écoulés depuis cette  rencontre. Je suis venu vers vous et je vous ai proposé mon aide sans que vous n’y ayez répondu. Vous souvenez-vous ?

Elle ne se souvenait pas. Quelqu’un était venu lui offrir de l’aide sans qu’elle n’ait relevé ni accepté, et pour quelle raison ?

- Non ! Vraiment ! Je ne me souviens pas, dit-elle. Je me souviens seulement de vos traits.

- Puis-je vous aider à vous souvenir ? demanda-t-il. Voyez le mouvement de l’eau, il n’est jamais semblable au précédent et pourtant il porte la mémoire de tous ses mouvements. C’est ainsi que je suis venu vers vous, comme le geste de l’eau qui a baigné mes pieds et vient d’épouser les vôtres. C’est pourquoi, je vous ai trouvée, attendant cette nouvelle heure qu’il y a longtemps, vous n’avez pas vue, tellement ancrée dans votre quotidien, ajouta-t-il, et pourtant, à cette époque, je voulais entrer en relation avec vous.

- Je crains que ce ne soit une énigme, Monsieur, car vraiment ma mémoire n’a pas enregistré votre signe.

- Puis-je vous donner quelques détails qui vous aideront ? Car je suis certain que votre souvenir est aussi présent que l’eau jaillissante en face de nous, affirma notre visiteur sur le saut de ces quatorze années réalisées.

- J’accepte quelques confidences sur ce passé oublié, dit-elle. Oh ! Ce rayon qui n’en finit pas de rendre votre vêtement transparent !

- Comme sur les pétales de cette sauge rouge de Graham devenus aussi translucides qu’un plomb anobli à l’heure ou le soleil les traverse ! poursuivit-il, le sourire complice de leur transparence. Puis, avec prudence, il ajouta : C’était en hiver, un froid et sombre jour de novembre.

- Cela ne me dit rien. Combien de jours froids et sombres en novembre, y a t-il ? Tant !

- Celui-là était particulier et n’avait pas son jumeau en automne. Souvenez-vous, enchérit-il. Vous aviez froid et pourtant vous étiez à l’abri du vent, mais pas du vent intérieur qui crée la tristesse des jours qui se voudraient ensevelis pour toujours.

Elle ne répondit pas. Elle se souvenait bien qu’il y avait eu des nuits et des jours d’une grande tristesse qui ressemblaient au froid intérieur qui ne peut se raconter à personne sans que la personne qui ne les reçoive ne s’effondre à son tour de tant de chagrin.

- Souvenez-vous ! insista-t-il. Je veux que vous vous souveniez, sinon à quoi bon que je sois là, à votre côté ? Je vous donne un autre détail ? Vous buviez une tasse de chocolat chaud pour réchauffer votre corps et aussi votre cœur en déshérence. Tant de tristesse et personne pour vous secourir. Vous souvenez-vous ? j’étais là, à vous tendre la main. Vous l’avez vue et vous n’avez pas osé la saisir, votre âme en secret qui espérait que sa mort vienne pour que tout s’achève naturellement sans que vous n’ayez décidé de la hâter. J’étais là. Je vous regardais, assis en face de vous. Nous étions à trois pas l’un de l’autre. L’eau a coulé sur vos pieds, depuis. La glace de l’hiver engendrait la pluie de l’été qui abonde en la rivière. Souvenez-vous de la neige tombant du toit, voulant vous ensevelir... presque trente ans avant ces jours. Je vous avais sauvé la vie, physiquement sauvée; et cet autre jour,  c'est la vie de la pensée que je venais sauvée.

- Quatorze ans ! Je me souviens. En effet, les jours étaient froids et sombres comme l’enfer qui veut happer la vie. Vous étiez là, et je ne vous ai pas répondu. J’ai vu en vos yeux un rayon tel un baiser à ma vie que c’est ce rayon que j’ai reconnu sans vous reconnaître. Le corps n’a pas cette transparence que nous espérons telle vous l’aviez, tel vous êtes. 

- Je ne vous ai pas dit mon prénom ; je vous ai juste tendu la main et je vous ai donné ma carte pour que vous m’appelliez, espérant que vous le feriez parce que j’étais venu pour vous. Vous deviez dire mon nom et vous n’y avez pas pensé, trop accaparée par vos jours pour lesquels j’étais venu afin que vous les traversiez avec moi, ensemble, en ce rayon qui vous aime et que j’avais reconnu à des lieux lumière de votre présence. Vous ne m'avez pas reconnu. Vous le pouviez cependant. La première fois, j'étais descendu de si haut que vous n"avez pas douté de mon nom, mais la seconde fois en mon habit physique, vous ne m'avez pas reconnu dans mon habit de ciel.

- Vos seuls mots furent : « Madame, vos yeux ! Tant de souffrance en eux ! » Oui, c’était vous. Je vous avais oublié. Pardonnez-moi ! tant d'indignité en moi à votre égard ! Oh Jean ! Ô Jean ! 

- Vous vous souvenez. C’est bien, dit-il, le regard habillé de chaleur et d’Amour que, seuls, la nature, l’animal, et l’homme, témoignent des bois entrelacés. J’étais déjà venu, il y a trente trois ans, vous secourir, et vous m’aviez reconnu ce jour, pourtant aveuglée par le soleil qui dardait sa lumière de janvier à l’invisibilité du froid de l’hiver. Ne dite ce secret à personne. Sage est ma troisième visite en votre vie. Venez !

Ainsi, l’eau baignant la nature et l’écluse près de la sauge fleurie venaient de révéler à la fontaine des destinées les âmes qui ont leurs pieds baignés. Avant de quitter la rivière et ses chaloupes, ses arbres et ses fleurs, il s’inclina devant elle, puis ensemble, ils s’inclinèrent devant l’oiseau venu sur un épi de blé, s’inclinèrent ensuite devant la Nature endimanchée, resplendissante de vie, et s’inclinèrent devant la terre et ses minéraux qui brillaient pareillement au cristal enfin advenu en leurs chemin liés pour leur éternité. Il lui tendit une rose rouge qu’elle effeuilla pour que sept pétales ornent ses cheveux, tel il l’avait souhaité quatorze ans en arrière et fait trente ans avant.

BL

écrit sur la musique de Neil H from his Album Mermaid

 

La fleur de l'olivier

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

"Descente de croix" de Rembrandt

 

Je suis allé(e) cueillir la fleur de l’olivier

quand face à l’étoile, elle donna son fruit ;

lorsque la lune, devenue coupe pour le soleil,

accueillit le sacrifice du premier Homme.

 

Nous pouvions voir les graines de l’arbre

devenir fleurs, et d’elles, un doux parfum

exhalait la puissance du mouvement accompli

que les larmes des femmes versées ornaient.

 

Ces pleurs marials que nul ne peut oublier

se répandirent sur la terre à midi, et le jour durant,

s’unissant avec grandeur au sang versé,

et tout fut rayonnant d’Amour en cette union.

 

Là était le divin calice au pied de la croix.

De compassion vécue, nous étions avec et en Lui,

les arbres en fleurs au lointain du lieu chantaient

et croissaient déjà en bouquets ardents.

 

Nous voyions ces bouquets d’aurores

avant que le feu en ses flammes ne nous baigne,

laissant les aubes anciennes sur le chemin.

Le vent était glacial et griffait nos fronts.

 

Les cheveux des Femmes s’ornaient du nimbe.

Fleurs d’amandier, de pêcher, miroitaient l’instant,

et celles de nard pardonnaient aux hommes

l’ ignorance sans conscience de leurs âmes.

 

D’autres portaient de leurs inanimés vœux

des couronnes de paille flétrie les blâmant,

et d’autres encore, des lianes malodorantes

témoignant de leur vile imposture.

 

Un diadème d’étoiles cernait le front de la Mère

que nous pouvions voir sur le front du Fils ;

la terre frémit avec Elle lors de ses sanglots,

accompagnant avec Elle les premiers Frères.

 

La beauté de la clarté prise en la Coupe

côtoyait la laideur en son ombre qui regardait ;

l’impureté des hommes dits d’excellence

fut conservée pour leur futur en leur blasphème.

 

Ce fut l’heure la plus grave, aussi la plus légère,

qu’Humanité connut à cette heure,

dessinant en nous l’ébauche de nos avenirs

en Son chemin épousé qu’alors nous ignorions.

 

"Descente de croix"" de Paolo Véronèse.

 

Un souffle

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

de Ladislav Záborský peintre Slovaque

https://en.wikipedia.org/wiki/Ladislav_Z%C3%A1borsk%C3%BD

https://www.artforchristian.com/en/

 

Sur le chemin rougeoyant, j’ai marché un matin.

Les veillées étaient feutrées comme la mort.

Elle, pleurant en son voile, embaumait le chemin,

Le jour était prudent tel un enfant qui dort.

 

Il était là, encore suspendu aux bois d’olivier.

Nous entendions le sol gémir du calvaire.

Chaque pas résonnait d’un écho sur le gravier.

Nous marchions, les yeux baignés d’hiver.

 

Le froid ternissait nos joues embrumées.

Jour et nuit, lune et soleil, se confondaient.

Nous allions en ce drame de chagrin, troublés.

La nuit était lente et nos cœurs tremblaient.

 

Il semblait que le temps avait cessé de vivre.

L’éclipse terrible l’avait oint et nous pleurions.

La solitude avait volé nos âmes ivres.

D’effroi, nous étions figés. Nous gémissions.

 

Les onze se cachaient, espérant le Cygne.

Ils attendaient l’aube comme on attend le pain.

Un souffle dehors, et tout sursautait dans la vigne.

Les pierres, les blés, les oiseaux, tissaient le lin.

 

Il est venu, ajouré d'épines, le sourire aimant.

Le cœur joyeux, Il nous montrait ses plaies.

Recueillis, étions-nous en Son Temple, Son levant.

La vie bruissait. Nous renaissions. Il nous louait.

 

Ces jours, ces nuits, Ses rayons, nous ont clarifiés.

De ses mains élevées, Il nous a béni de Sa terre.

Le vent s’est tu. Le soleil dans la vie s’est élevé.

Nous étions là, avec Lui, nous en Lui, Lui en nous.

 

de Liane Collot dHerbois 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liane_Collot_d%27Herbois

Dis-moi, pèlerin

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

Photo de Greg Rakozy 

https://unsplash.com/fr/@grakozy

 

Où vas-tu pèlerin,

sans ton bâton et sans écrin,

nu de nature à toi scellée d’ardeur ?

Dans l’abîme, perdu d’heures,

vas-tu vers l’azur qui nous éclaire ?

Dans la lueur, accompagnes-tu les éclairs,

qui, chaque matin, te sont offerts,

toi, accomplissant leur destin.

 

Vois-tu l’éclat de l’obscurité

riche de sa lumière,

lorsque tu t’éveilles en prière,

te baignant de vie constellée

dans l’immensité étoilée

des nuits aimant la clarté ?

 

Prends-tu en ton cœur le baume

des rivières chantant leurs psaumes ?

La beauté des fleurs riant de joie

quand leur foi t’anime et te conçoit ?

Prends-tu de la beauté des cimes

l’élan de l’aigle en ses rimes ?

Et des océans le rythme des vagues

à la lune jouant leurs sonates ?

 

As-tu subi l’audace du soupir

que tu vas tête baissée au nadir

ne voyant plus le but du zénith ?

Que reste-t-il de la marguerite

quand de ton souffle, tu vas

sans fraîcheur, épouser Gaïa ?

 

Dis-moi, pèlerin,

toi, sans sceptre ni écrin,

où vas-tu de ce pas lourd

que je ne te vois pas chaussé d’Amour ?

Toi, agitant l’âme tel on secoue un fanion,

toi, regardant les larmes de l’ânon

ayant porté la Lumière aux Nues d’Apollon,

pour toi, dans la grâce de la guérison.

 

Photo de 

http://Chemin de Jérusalem / Chemin de Jérusalem: Marcher jusqu'à Jérusalem - Pèlerins de Jérusalem - Route de pèlerinage: Espagne

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