Béatrice Lukomski-Joly


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Partie dans un cri

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

"Ascension vers l'Empyrée" Jérôme Bosch

 

Elle est partie dans un cri,

Disant « Je meurs ! » dans la nuit.

Sans avoir cru que main tendue

Est un soleil dans la mort venue.

 

La lune était pleine et belle,

Le jour éteint dans le jardin,

Les étoiles blotties dans le ciel,

Pendant que terre pleurait.

 

Qu'aimer vous soit insouciance

Chagrine mon âme ensoleillée

Quand ma main accompagne

La vie pour trépas vers la vie.

 

Et si rien en ce monde n'aime

L'autre tel il se doit de rayons

Que soleil burine avec la lune,

Il n'est rien que je ne puisse faire.

 

Elle est partie, le cri dans le cœur

La plèvre souffrante, haletante,

Et de ce cri épousé, j'ai absorbé

Au coin de sa lèvre, l'ultime exil.

 

Le front perlant de larmes,

Elle est partie, étouffant son cri,

Quand la croix tracée de la pointe

De mon doigt a envolé sa vie achevée.

 

Sœurs venues à son secours,

Leurs beaux voiles bleus du jour,

Elles ont pris du cri l'espoir

Pour dire la vie qui attend.

 

Chaque fois que vie s'achève

Tombe ma blouse pour autre habit

Qu'en l'Esprit, je dessine blanc.

Papillon naît de sa chrysalide.

 

Qu'éternité ne vous parle pas

De sa grande fraternité en marche

M'est grande douleur aux vies achevées

Pour le rideau que nul ne lève.

 

J'ai mal à mon tour de si peu de foi

Quand vie refuse de voir l'au-secours.

Elle est partie ,sa main agrippée

À la mienne, du verbe devenu Verbe.

 

Elle est partie dans un cri,

Disant « Je meurs ! » dans sa nuit.

Sans avoir cru que main tendue

Est un soleil dans la mort venue.

 

 

La fleur de l'olivier

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

"Descente de croix" de Rembrandt

 

Je suis allé(e) cueillir la fleur de l’olivier

quand face à l’étoile, elle donna son fruit ;

lorsque la lune, devenue coupe pour le soleil,

accueillit le sacrifice du premier Homme.

 

Nous pouvions voir les graines de l’arbre

devenir fleurs, et d’elles, un doux parfum

exhalait la puissance du mouvement accompli

que les larmes des femmes versées ornaient.

 

Ces pleurs marials que nul ne peut oublier

se répandirent sur la terre à midi, et le jour durant,

s’unissant avec grandeur au sang versé,

et tout fut rayonnant d’Amour en cette union.

 

Là était le divin calice au pied de la croix.

De compassion vécue, nous étions avec et en Lui,

les arbres en fleurs au lointain du lieu chantaient

et croissaient déjà en bouquets ardents.

 

Nous voyions ces bouquets d’aurores

avant que le feu en ses flammes ne nous baigne,

laissant les aubes anciennes sur le chemin.

Le vent était glacial et griffait nos fronts.

 

Les cheveux des Femmes s’ornaient du nimbe.

Fleurs d’amandier, de pêcher, miroitaient l’instant,

et celles de nard pardonnaient aux hommes

l’ ignorance sans conscience de leurs âmes.

 

D’autres portaient de leurs inanimés vœux

des couronnes de paille flétrie les blâmant,

et d’autres encore, des lianes malodorantes

témoignant de leur vile imposture.

 

Un diadème d’étoiles cernait le front de la Mère

que nous pouvions voir sur le front du Fils ;

la terre frémit avec Elle lors de ses sanglots,

accompagnant avec Elle les premiers Frères.

 

La beauté de la clarté prise en la Coupe

côtoyait la laideur en son ombre qui regardait ;

l’impureté des hommes dits d’excellence

fut conservée pour leur futur en leur blasphème.

 

Ce fut l’heure la plus grave, aussi la plus légère,

qu’Humanité connut à cette heure,

dessinant en nous l’ébauche de nos avenirs

en Son chemin épousé qu’alors nous ignorions.

 

"Descente de croix"" de Paolo Véronèse.

 

L'obscurité des évènements, et la poésie

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

Celui qui ne ferait que plonger dans l'obscurité des évènements de ce monde, de notre société, sans prendre, au moins, une heure par jour pour lire et vivre de la poésie, celui-là se condamne à la maladie, tant physique que psychique, n'ayant plus d'ancrage en son âme, quand bien même, croit-il  pouvoir échapper à l'ombre agissante, quand bien même croit-il rester indemne.

BLJ

 

Un souffle

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

de Ladislav Záborský peintre Slovaque

https://en.wikipedia.org/wiki/Ladislav_Z%C3%A1borsk%C3%BD

https://www.artforchristian.com/en/

 

Sur le chemin rougeoyant, j’ai marché un matin.

Les veillées étaient feutrées comme la mort.

Elle, pleurant en son voile, embaumait le chemin,

Le jour était prudent tel un enfant qui dort.

 

Il était là, encore suspendu aux bois d’olivier.

Nous entendions le sol gémir du calvaire.

Chaque pas résonnait d’un écho sur le gravier.

Nous marchions, les yeux baignés d’hiver.

 

Le froid ternissait nos joues embrumées.

Jour et nuit, lune et soleil, se confondaient.

Nous allions en ce drame de chagrin, troublés.

La nuit était lente et nos cœurs tremblaient.

 

Il semblait que le temps avait cessé de vivre.

L’éclipse terrible l’avait oint et nous pleurions.

La solitude avait volé nos âmes ivres.

D’effroi, nous étions figés. Nous gémissions.

 

Les onze se cachaient, espérant le Cygne.

Ils attendaient l’aube comme on attend le pain.

Un souffle dehors, et tout sursautait dans la vigne.

Les pierres, les blés, les oiseaux, tissaient le lin.

 

Il est venu, ajouré d'épines, le sourire aimant.

Le cœur joyeux, Il nous montrait ses plaies.

Recueillis, étions-nous en Son Temple, Son levant.

La vie bruissait. Nous renaissions. Il nous louait.

 

Ces jours, ces nuits, Ses rayons, nous ont clarifiés.

De ses mains élevées, Il nous a béni de Sa terre.

Le vent s’est tu. Le soleil dans la vie s’est élevé.

Nous étions là, avec Lui, nous en Lui, Lui en nous.

 

de Liane Collot dHerbois 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liane_Collot_d%27Herbois

Jana M

Rédigé par béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

( Jana M est l'histoire d'une jeune femme amie, ayant vécu la guerre civile du Liban et décédée en cette guerre à l'âge de 27 ans )

Beyrouth !

Mot rimant avec déroute, écoute, route, redoute, burn-out, doute, voûte !

Je me demande quelles rimes utiliser pour mieux te décrire Jana M. et celles qui pourraient te définir en ce Liban qui est et fut ta patrie. C’était il y a longtemps. J’ai vieilli avec ce souvenir, avec toi, sans rien comprendre, tant il y avait de questions que l’époque n’aurait pas su résoudre.

1974, une rencontre ; 1982 un départ ; 1986, la fin.

Presque dix ans pour l’histoire que je connais de toi, Jana M.

2020 ! 2020 te rapporte à mon souvenir, creusant sa faille mémorielle, parce que Beyrouth, à nouveau, souffre.

Soufflée ! Dévastée ! Défigurée ! Démembrée ! Comme toi. En vie ! comme moi.

Tu m’as liée à ta ville par ta seule présence à mes côtés, me parlant d’elle souvent, peignant ses attraits féminins, parlant rarement de ses désastres, comme si tu n’avais jamais voulu rien en dire car n’en disant rien finalement. Il m’a fallu des années, des décennies, pour comprendre, te comprendre, dénouer tes noeuds, surtout comprendre le sens de tes mots, surtout de tes non-dits. C’était toi, Jana M. Jana M.

La guerre !

J’ai souvent voulu écrire ton histoire, ou plutôt la nôtre, pour ne jamais oublier comment je te connus, comment et pourquoi nous étions devenues amies. Je ne l’ai jamais fait, car l’histoire était criblée de balles, trouant un espace de cette mémoire qui ne peut être soignée, la balle sifflant encore au travers de ma porte en ta survie. Oh non ! Pas ma porte physique ! Mais celle de la porte de l’âme ! Partie, je ne sais où, sans que tu n’expliques, mutique, comme souvent, je te vis. Tu disparus de mon horizon sans qu'aucun mal n'ai été commis, sinon le temps qui manque. J’ignorais si le tien était de retour au Liban ou si tu étais ancrée dans la vie parisienne que nous avions imaginée, élaborée, rêvée : rue Émile Zola dans le quinzième arrondissement, dernier étage, sous les toits, chambre de bonne avec kitchenette, douche et WC. C’est notre mémoire. 1974 à 1982. C’est là chez toi, pas loin du Champ de Mars. Avant cela, c’est un internat au Lycée Thibault de Champagne à Provins, un palais vieux de presque huit cents ans, devenu Lycée, lycée d'élèves huppés, de famille aisées. Moi ? J'appartenais à la population locale.  Elites sociales, politiques, artistiques,  telles étaient les élèves de ce lycée ; tu en  faisais partie. Moi ? je n'étais rien.  J'étais de ceux qui habitaient un petit village voisin et qui se rendaient dans ce lycée tous les jours en train Micheline  : Thibault de Champagne, Ah ! Thibault,  ce champenois chansonnier et conteur, toujours revenu de ses croisades pour chanter à Provins;

Je regarde un nuage statique dans l'immensité bleue. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé regarder le ciel, aimé lever les yeux, marcher la tête levée, écouter la parole du ciel qui n’a pas d’autres noms que celui de ciel, sinon ceux de chacun, de tout, de toi, Jana M.

Jana M !

Je connais beaucoup de noms de famille et je ne prononce pas le tien, peut-être parce qu’il est si connu que je ne m’en sers pas, habituée à ne rien dévoiler des gens connus, côtoyés, aimés, parce que c’est une forme d’humilité à laquelle je me suis toujours obligée. M. C’est bien, M. ! Une lettre appelant le verbe aimer, qui est le verbe de la majuscule, le son de son verbe, son écho, sa mesure. Elle restera Jana M. Beyrouthine. Jana comme une plainte.

- Je n’ai pas ton adresse à Beyrouth. Tu n’as jamais voulu me la donner. Lui avais-je dit. je n'ai que celle de l'internat et celle de la rue Emile Zola au pied de la tour Eiffel, presque.

- Tu comprends...  m’avais-tu répondu.

- Comprendre ? Comprendre quoi ? Non, je n’avais pas compris. Mais cela m’était égal. Je n'irai jamais à Beyrouth...

- Dis ! Tu m'y emmeneras dans ton pays splendide aux cèdres majestueux qui ont hébergé non loin les Noces de Cana ? Je veux boire du vin de ta vigne, là-bas, de ta tendre Phénicie, revoir mes pas là-bas. Avais-je répondu malgré tout. Je veux retourner à Damas... je veux... revoir Jérusalemn,  marcher avec toi en ta terre et celles autour, toutes une et une seule. Ton pays, le pays des origines. Nous ferons des miracles.

- Non ! C'est trop dangereux, comprends-tu ? Je ne peux pas te donner mon adresse. Le vin, on se le boit, ici à Paris. Quant aux miracles, j'ai ton amitié. Tu es la seule qui m'a ouvert les bras lorsque je suis arrivée en France. Tu es un miracle. Comprends ! Nous, les Arabes sommes détestés partout. Les Français ne nous aiment pas, les  Syriens nous détestent . Où est ma place ? 

- Arabe  ? Je ne te comprends pas. Tu es Libanaise. Tu n'es pas née en Arabie. J'aimerais bien connaitre des Arabes.   En mon coeur, tu es. Ta place est là. Toi, tu es chrétienne Maronite, et je suis chrétienne spiritualiste,  nous nous entendrons. 

- C'est quoi ? c'est nouveau ? Tu es bien la première personne que je rencontre en France qui ne confond pas les Arabes entre chaque Nation et connait les maronites ; me dit-elle surprise. "

 

II

1974 ! C’est cela, dis !

1974 ! Le lycée en cours d’année ! Thibault de Champagne ! C’est son nom ! Des vieilles pierres ! Des vieux murs ! Des meurtrières qui se sont tues ! Un long et lourd passé ! Des croisades ! Le royaume de France en terre d’Orient ! Une nouvelle dans la classe ! Une qu’on ne connaît pas, qu’on n’a jamais vue de nulle part, qui vient d’arriver, mais qui n’intéresse personne, car personne ne la voit et pour cause, elle est noyée dans ses cheveux, ces longs cheveux noirs ondulés jusque dessous les épaules, des cheveux posés comme deux rideaux masquant une fenêtre, opacifiant davantage des vitres déjà opaques. La terre d’Orient en France ! C’est Jana M. C’est la rose de Damas revenue dans des longs cheveux noirs ondulés, étouffant le visage, masquant les yeux, bloquant la respiration, la personne qui n’est personne, qui ne veut pas être vue ni être remarquée, rien ! La mort ! La mort sous une écharpe longue et noire comme si les longs cheveux ne suffisaient pas pour exprimer l’inexprimable que Jana M veut qu’on devine. C’est l’image qui me reste de Jana à son arrivée dans la classe au lycée Thibault de Champagne. Provins. Beyrouth. Beyrouth à la porte de la Syrie, sur le chemin de Damas, sur la route de Saint-Paul. Provins de retour de Damas, Thibault la besace pleine de chants pour sa belle ! Blanche ! Blanche de Castille ! Jana est aussi noire derrière ses cheveux étalés que Blanche devait l’être sans qu’on n’en ait jamais rien su. La cloche sonne l’interclasse. Jana se faufile à pas souples de velours dans le couloir du grand bâtiment courbe qui surplombe la ville sans lever la tête afin que personne ne l’approche ou n’en ait l’idée.

La mort a une odeur

et son parfum pourtant est celui du jasmin, de ceux qui signent l’Orient.

J'aime l'Orient.

Interclasse, puis cours d’anglais. Jana se place dans la classe, choisit une chaise au dernier cercle du double cercle qui crée une double table ronde. Je la regarde. Elle ne regarde personne. Jana écoute. Jana se tait. Jana continue de se cacher derrière ses longs cheveux qui ne quitteront que rarement la face de son visage. 1974 ! C’est l’époque des années où personne ne pense à se saluer. Nul ne pensait à présenter un nouveau. Aussi, nul ne la voit et pourtant elle est là. Je la vois. Je la regarde. Elle ne me voit pas. Fin de cours. La cloche sonne.

- Que penses-tu de la nouvelle ? me demande Yves U, notre professeur d’anglais. Sais-tu d’où elle vient ?

- Je ne vois qu’une masse sombre cachée dans un trou noir, qu’une lumière éteinte, une bougie sans flamme, ai-je répondu à Yves. Qui est-ce ? Dis-moi !

En ces temps-là encore, si souhaiter la bienvenue n’était pas de mise par simple omission, nous avions par contre signé le début des amitiés avec nos professeurs que nous tutoyions lorsque nous avions des affinités culturelles et humaines. C’était un autre temps, une autre culture, dans lesquels il y avait quelque part une guerre civile, une guerre au Liban et j’appris que Jana M venait de là, de cet enfer, de ce trou noir, de ce vide.

Cœur de la guerre ! me dit Yves, ironiquement. Elle semble inabordable, ajouta-t-il. 

- Est-elle arrivée d’hier soir ? demandai-je à Yves ? Je lui ai dit bonjour. Elle ne m'a pas répondu comme si elle ne m'avait pas entendue. Elle est semblable à une tombe sans cercueil ; un cercueil sans cadavre.

- Oui ! Elle est arrivée hier soir. Elle est interne au lycée, me répondit-il. Nous ne savons pas grand-chose, sauf qu’elle fuit les bombardements. Le proviseur nous a dit peu de choses. Les parents ont sauvé deux de leurs filles en les envoyant  ici, à Thibault. Les autres enfants sont restés à Beyrouth avec les parents. 

En fait, il ne souhaitait pas que j’en sache davantage et moi non plus d’ailleurs. Je n’ai jamais cherché à savoir, ni n’ai questionné si la personne n’évoquait rien en face de moi. Savoir simplement qu’elle fuyait la guerre me remua profondément. C’était me plonger soudainement dans le souvenir de Ti- Lienne H au Chateau Gaillard à Orléans qui avait fui la guerre du Viêtnam en 1965 et que j’avais prise sous mon bras pour lui redonner le sourire, car personne ne voulait aller au-devant de la guerre stigmatisée en les traits de l’autre. Nous avions huit ans. Je le pouvais et je ne sus jamais pourquoi cela m’était possible jusqu'à ce que je vis la lumière que j'avais déjà vu.

La guerre ? Je l’avais donc déjà rencontrée en Ti-Lienne H. Elle ne m’était donc pas inconnue quand bien même, je ne l’avais pas vécue en ma chair. Je la voyais en le corps de l’autre dans son esprit qui la relatait par les gestes autres que ceux qui ne l’ont pas vécue ne peuvent avoir. Je reconnus en Jana ces mêmes gestes, et surtout cet effroi qui ne sait plus se dire : observer furtivement sans relâche derrière des cheveux dénoués ; marcher d'un pas léger pour ne pas se faire entendre ; frôler les murs même s'ls savent que, là, ils ne craignent rien. L'habitude est ancrée dans le corps et le corps inter-agit avec le mur. Sursauter lors d'un bruit. Durcir le regard en signe de méfiance et de question. Enfoncer la tête dans les épaules. Avoir huit ou seize ans, le langage du corps est le même lorsque l'âme a assimilé la guerre. Fin de soi sur terre, peut-être ! Tout autre est un ennemi potentiel, même ailleurs, même dans des pays en non-guerre.

Déviation des logiques, la pensée est tissée de combats, de luttes, de peur, de terreur, où chaque chose et chaque regard sont des armes létales ou pouvant l'être.

Yves avait dit à Jana de me chercher, ce qui était curieux, puisque nous étions dans la même classe, classe de Philosophie-Lettres et que nous venions de quitter son cours d'anglais. Il lui avait encore dit  que je ne fréquentais  pas toujours le lycée, préférant les vieilles pierres et les champs, les fleurs et les nuages, comme si je pouvais disparaître pour toujours, d'où l'idée en sa pensée de me chercher probablement. Cela m'amusait. J'avais trouvé cette  remarque étrange : me chercher !

Il est vrai que du lycée, je ne connaissais que les cours de Lettres et de langues étrangères. Je ne me rendais aux cours de philosophie que lorsque nous parlions de Platon. Kant ne m'intéressait pas. Je m'ennuyais. Cela fait partie des énigmes de la jeunesse que nous ne comprenons que tardivement dans le cours de la vie. J'avais oublié en ciel avant de m'incarner mon bagage contenant la physique, les mathématiques, la géométrie ; aussi m'étaient-elles aussi obscures qu'une nuit sans lune.

 

Photo personnelle.

Quand nous avons eu des amis nés de la guerre, aucun autre ami ne peut rivaliser avec les forces de ces amis-là, dans leurs craintes exacerbées. J’avais eu Ti-Lienne, J’avais désormais Jana M. Ces amis-là signaient aussi les jours impromptus dans des actes en décalage avec la réalité qu'eux seuls comprennent.

 Tout est urgence. Rien n’est paix. Tout est affolement. Rien n’est silence.

C’est ce que nous découvrons jour après jour et il nous faut faire d’immenses efforts pour se hisser à la hauteur de leur drame afin de comprendre ce qui n’est pas toujours possible tant leur souffrance et leurs souvenirs sont la mémoire unique. Une forme de paranoïa s’incarne et justement les dirige sans que nous puissions les convaincre qu’il n’y a pas mal-intention.


à suivre

 

https://philippe-rochot.piwigo.com/index?/category/8-guerres_au_liban

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