Béatrice Lukomski-Joly

Les failles de gypse

Rédigé par Béatrice Lukomski-Joly Aucun commentaire

 

Rachmaninov Pianoconcerto no 2 Adagio Khatia Buniatishvili

 

Souvent assise, face à la clarté des levers de nature,

Je m'assoie en haut d'une falaise, contemplant le ciel.

Au matin que tisse le soleil, du haut de ses couleurs,

Je reste l'éblouie par l'immensité taillée dans la pierre.

 

Ne lui ayant jamais rien demandé de la création,

Elle m'aime de son cœur, lourd de pitié qui chavire.

Elle, ma nature, immuable, dans le vide se penche,

Se créant fractures à ses colonnes d'albâtre élancées.

 

M'a-t-elle parlé, dessinant d'huiles ses crêtes levées,

Que sa nature, et ses coulées à l'horizon fragile,

M'ont regardé, sans sourciller, racontant sa mort et ma vie

À son émoi engourdi et sa tristesse, quand mon pied la foule.

 

L'instant d'un mouvement, elle  pleure,

Et de sa beauté, regarde, loin, les failles du temps.

Elle culmine au faîte de ses rêves indolents et incompris.

Oh ! comme je voudrais être sa confidente, ma falaise !

 

Quand escaladant ses visages qui jamais ne gémissent,

« Tu es mon amie », me répond-t-elle abasourdie.

Jamais elle ne dit mot aux rencontres humaines

Et attend silencieuse la magie des orangés rosés de l'ouest.

 

Quand l'Est l'arrose de réveils pourpres et chaleureux,

Je la prends en mon cœur, rassurée de son sourire.

La belle montagne de verdure, roule parfois ombrageuse,

D'une pierre faisant le chaos des falaises qui m'observent.

 

Quand je m'assoie sur son gris contrefort d'affaissement,

Risquant la chute, la surdité et les sourdes blessures,

Déjà elle soigne muette mes plaies qui suppurent.

M'a-t-elle entendu,  ma montagne, me plaindre ?

 

Le désarroi des hommes qui pleurent tout l'amer

Sans qu'elle ne puisse faire autrement que de les voir,

Elle va, la pierre, dévalant ses pentes fracassées,

Sans gémir d'orages, sinon des ruissellements de cascades.

 

Je ne lui ai rien dit du monde et de mes craintes

Qu'elle connaît déjà de tristesse à son cœur vieux d'âge !

Je ne lui ai dit que mon amour pour ses cluses profondes

Et mon sentiment de beauté aux joies qui se rencontrent !

 

Elle a tout entendu de ses oreilles de schiste blanc

Que les grottes sous sa peau connaissent du temps .

Alors me reconnaissant, elle ouvre grande sa fenêtre,

L'oeil sur sa combe parsemée d'arbres en son palais.

 

De ses abîmes lointains et sombres que mes pas ignorent,

Et de sa crainte des émois au vol des aigles qu'elle voit de loin,

Elle implore souvent le ciel, admirant son voile de soie tissée

Quand l'agile chamois longe ses côtes et la creuse de douleurs.

 

Quand flagellée par des pluies torrentielles sous l'orage,

Elle refuse de montrer, de ses yeux plissés, sa ride

Qu'elle a façonnée de mille années, mourant de petits éclats,

Je la vois glisser, usée, dans le lac posé sur la rondeur de son flanc.

 

De ses ravines qu'elle a aimées comme ses filles,

Taisant toujours sa peur de rouler dans les eaux sombres,

Elle me prie d'écrire sa mémoire, en poignants vœux !

Car temps lui est compté et avec le mien, lentement, s'endort !

 

Le temps lui est-il fatal qu'elle implore, souvent délicate,

L'amitié et la compassion des rêveries sans ruines.

La montagne aux souvenirs longs de mutisme ignoré

Espère écrire à l'encre des arbres enroulés, son silence !

 

Veut-elle tout emporter qu'elle glisse, glisse et glisse encore,

Triste de ne pas être vue en millénaire aux hommes aveugles,

Elle, ma vieille dame plus que centenaire au lit des rivières

Que j'ai tant aimées sous leur parure de ciel, leur écrivant !

 

Rien n'a de gravité, me dit-elle à l'oreille, flattant le sensible

Et l'absurde quand elle s'effondre sous l'orage qui, cruel, l'avale.

C'est de siècles usés que je dévale avec elle, l'abrupt de sa pente.

Tu n'es pas le socle de mon piédestal ose-t-elle encore me répondre !

 

Ainsi me parle-t-elle à l'oreille, ma falaise des vies qui s'achèvent.

J'arpente ses failles de gypse, la douleur effacée,

Que lumière traverse sans se nommer parce que rien ne la connaît,

Pour être à la terre, son divin secours et sa longue parure de nacre.

 

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"Je ne suis rien car je ne veux rien, rien être,

Ni être une chose, ni être un nom, rien qu'être !

N'être aucune prétention sinon prétendre être

Qu'aux pas des arbres rencontrés, j'ai été pour être.

Je suis."

 

Béatrice Lukomski Joly

 

"Aucun poème ne peut être interprété  sans avoir demandé au préalable au poète ce qu'il a voulu dire.

Si des poètes trépassés, nous interprétions, sans connaître la biographie du poète, sans connaître ses idées défendues, nous aurions assurément tout faux."

BLJ

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Trois livres édités

 

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à compte d'éditeur

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